lundi 22 octobre 2012

Bisphénol A : des risques avérés qui nécessitent "des décisions"




Un nombre croissant d'arguments soulignent les risques pour la santé du bisphénol A. On dispose aujourd'hui de "solides arguments" scientifiques à l'encontre du bisphénol A (BPA) justifiant cette interdiction par précaution, estime ainsi auprès de l'AFPBernard Jégou, directeur de recherche sur la reproduction humaine à l'Inserm. 
La "barque du BPA est très lourdement chargée", ajoute-t-il en évoquant des évidences qui touchent au cancer, aux maladies chroniques, à la reproduction. Un avis partagé par l'agence de l'alimentation (Anses), qui assurait en septembre 2011 disposer de "suffisamment d'éléments scientifiques" pour "agir dans une logique de prévention" et remplacer le bisphénol "partout où on peut le faire", son objectif prioritaire étant de limiter l'exposition des femmes enceintes et allaitantes ainsi que des jeunes enfants. Depuis, sur la base des travaux disponibles, l'Anses a demandé à l'Europe, en septembre dernier, de classer le BPA comme "toxique pour la reproduction".

"Leurre hormonal"

"Le bisphénol A (BPA) est un perturbateur endocrinien", note Bernard Jégou. "Il agit comme un leurre hormonal en mimant l'action d'hormones naturelles. Il usurpe l'identité des oestrogènes et active leurs récepteurs de manière un peu anarchique et dérégule de cette façon le système hormonal", explique le biologiste William Bourguet (Montpellier Inserm/Cnrs). Ces travaux sur les interactions entre le BPA et ces récepteurs, réalisés avec son collègue Patrick Balaguer, parus récemment dans la revue américaine PNAS, vont permettre, selon eux, de suggérer aux industriels des modifications, afin d'obtenir des molécules qui n'interfèrent pas avec le système hormonal. 
"Pour les gens fortement exposés, on voit l'effet assez rapidement", relève le Pr René Habert, de l'université Paris-Diderot, spécialiste des perturbateurs endocriniens. Les travailleurs du plastique exposés en Chine ont une diminution de la production de sperme, une diminution de la fertilité. "Il a aussi été montré que les femmes enceintes qui travaillent dans le plastique de BPA donnent naissance à des enfants qui ont des troubles de la masculinisation", ajoute-t-il. Mais pour les faibles doses, qui concernent une large partie de la population, les effets dépendent des pathologies et des organes.

"Il faut prendre des décisions"

René Habert cite les effets suspectés sur la reproduction masculine, le cancer du sein, mais aussi sur les maladies cardiovasculaires, l'obésité, les troubles de l'immunité, voire de possibles effets sur le comportement de l'enfant (anxiété, hyperactivité) dont les mères ont été exposées au BPA. Des perturbations au niveau de la thyroïde ont également été relevées. "Quand on a un certain nombre d'arguments en faveur d'une toxicité, il faut prendre des décisions", estime-t-il. Pour lui, "la norme actuelle de 50 µg/kg/jour est trop élevée et ne permet pas de protéger la population". "On ne comprend pas pourquoi le BPA agit à d'aussi faibles doses, mais toute une série d'expérimentations va dans ce sens, ajoute le chercheur. Les perturbateurs endocriniens, qui sont nombreux, pourraient expliquer, selon lui, la diminution rapide de spermatozoïdes en région parisienne, où "actuellement un homme produit deux fois moins de spermatozoïdes que son grand-père".
Mais "ce n'est pas rien de remplacer trois millions de tonnes de BPA par an par autre chose", précise le professeur Habert. Bernard Jégou va plus loin. Selon lui, l'interdiction programmée du BPA dans les contenants alimentaires (conserves, canettes, etc.) "doit être aussitôt encadrée par des recherches sur les produits de substitution, sinon ce sera une supercherie". Récemment, le Sénat a repoussé à 2015 l'interdiction du bisphénol A dans les emballages alimentaires.

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