mardi 30 octobre 2012

Finissons les stock de BPA avant de l'interdire !



Le Sénat repousse au 1er juillet 2015 la suspension du bisphénol A dans les contenants alimentaires 
(Par Hélène MAUDUIT)


PARIS, 10 octobre 2012 (APM) - Le Sénat a adopté mardi soir à l'unanimité la suspension de la présence de bisphénol A (BPA) dans les contenants alimentaires au 1er juillet 2015 et dès le 1er janvier 2013 dans ceux destinés aux nourrissons et enfants de moins de 3 ans.



Une majorité s'est dégagée contre l'avis du gouvernement pour fixer la date au 1er juillet 2015, et non au 1er janvier 2015 comme souhaité par la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine.



Le texte a été discuté au Sénat quasiment un an après son adoption en première lecture à l'unanimité à l'Assemblée nationale en octobre 2011 (cf APM HMOJC004).



Il prévoit la suspension au 1er janvier 2013 de la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché de tout conditionnement, contenant ou ustensile comportant du BPA et destiné à recevoir des produits alimentaires pour les nourrissons et enfants en bas âge.



Cette suspension sera valable jusqu'à ce que "le gouvernement, après avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), autorise la reprise de ces opérations".



Pour tout autre "conditionnement, contenant ou ustensile à usage alimentaire comportant du bisphénol A", la suspension prendra effet au 1er juillet 2015.



Les sénateurs ont voté l'apposition sur tout conditionnement alimentaire contenant du BPA d'un "avertissement sanitaire déconseillant son usage aux femmes enceintes, aux femmes allaitantes et aux enfants de moins de 3 ans".



Si la suspension pour les enfants à courte échéance n'a soulevé aucune objection, la date d'entrée en vigueur de la suspension générale des contenants alimentaires a suscité un débat de près de deux heures.



Les sénateurs de plusieurs bancs ont expliqué que le délai était trop court pour que les industriels trouvent des produits de substitution dont l'innocuité serait avérée ou qu'il faudrait faire appel à des produits d'origine étrangère au détriment du "produire français". 



Marisol Touraine et la rapporteure socialiste Patricia Schillinger (Haut-Rhin) ont répliqué que ces six mois de plus ne changeraient pas grand chose car les industriels savaient depuis octobre 2011 que le BPA serait proscrit et que la date était même repoussée d'un an (2015 au lieu de 2014) par rapport à la discussion à l'Assemblée nationale.



La ministre a même ajouté que la proposition de loi portait sur une suspension et non une interdiction, ce qui laissait de "la souplesse" d'ici la date butoir, notamment si les produits de substitution sûrs n'étaient pas identifiés.



La tension a aussi été palpable avec les partenaires écologistes de la majorité. La sénatrice écologiste Leïla Aïchi (Paris) a estimé que la date de 2015 était "un premier signal négatif sur le sujet santé-environnement", s'attirant immédiatement un rectificatif de Ronan Dantec (écologiste, Loire-Atlantique) précisant qu'elle s'exprimait "à titre personnel" et non au nom du groupe.



Au final, l'amendement déposé par le sénateur de droite Gilbert Barbier (groupe Rassemblement démocratique, social et européen/RDSE, Jura) pour repousser la date de six mois a été adopté par scrutin public par 177 voix pour et 158 contre. Les sénateurs UMP sauf deux ont voté pour, de même que les centristes, un socialiste, la majorité du groupe RDSE dont certains radicaux de gauche. A l'inverse ont voté contre les socialistes sauf un, les écologistes et les communistes. 



Marisol Touraine avait pourtant apporté son soutien à la proposition de loi dans la version votée par la commission des affaires sociales du Sénat (cf APM HMPJ3017) avec la date du 1er janvier 2015 dans l'espoir d'une adoption définitive rapide à l'Assemblée nationale. 



Mais, outre ce report de date, des dispositions ont été ajoutées sur la suspension au 1er juillet 2015 des dispositifs médicaux destinés aux femmes enceintes, aux femmes allaitantes, aux nourrissons ou aux enfants jusqu'à 3 ans contenant des substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR de catégorie 2) ou des perturbateurs endocriniens (cf APM HMPJ9006). 



Pour être adopté définitivement, le texte doit maintenant être voté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale. Compte tenu de ces modifications, une nouvelle navette entre les deux chambres serait possible.



Ces tensions n'ont pas empêché un vote final unanime en faveur de la proposition de loi. 



LA FRANCE "PIONNIERE EUROPEENNE"



Marisol Touraine a souligné lors de la discussion qu'avec cette interdiction, "la France sera pionnière au niveau européen". Elle a indiqué que le gouvernement français s'efforcerait de convaincre les autres pays de l'Union européenne et la Commission de suivre ses pas.



La ministre a estimé que, compte tenu des données scientifiques actuelles, il n'y a "plus de doute sur la nocivité" du BPA et qu'il serait "irresponsable de ne pas appliquer strictement le principe de précaution". "Nous ne pouvons pas laisser faire, le risque ne peut pas être supporté par les consommateurs"



Marisol Touraine a par ailleurs énoncé les priorités de travail du gouvernement sur les perturbateurs endocriniens, définies dans la feuille de route pour la conférence environnementale, rendue publique le 20 septembre.



Un groupe de travail associant "l'ensemble des parties prenantes" sera mis en place pour élaborer d'ici juin 2013 "une stratégie nationale comprenant des actions de recherche, d'expertise, d'information du public et de réflexion sur l'encadrement réglementaire". 



Le choix des actions s'appuiera sur "les résultats des expertises sur les autres perturbateurs endocriniens" notamment les phtalates, et sur chaque sujet, l'expertise devra être "pluriannuelle et contradictoire et détachée des intérêts privés", a précisé Marisol Touraine.



hm/eh/APM polsan


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