vendredi 7 décembre 2012

A Paris, écoles et crèches victimes de la pollution

Une étude d'Airparif, l'observatoire francilien de la qualité de l'air, montre que 125 écoles,85 crèches, 66 hôpitaux et 36 hébergements pour seniors sont particulièrement affectés.Trois questions à Édouard Chatignoux, chargé d'étude à l' observatoire régional de santé d'Île-de-france

C'est ce qui s'appelle tomber à point nommé. Alors que Bertrand Delanoë a présenté un ambitieux plan antipollution fin octobre, voilà une enquête qui devrait encore apporter de l'eau à son moulin. Mardi, Airparif, l'observatoire de la qualité de l'air en Ile-de-France, a rendu publique une étude concernant l'exposition à la pollution des personnes les plus sensibles près des axes routiers les plus denses de la région.

En clair, l'association a quantifié le taux de dioxyde d'azote, de particules fines et de benzène auquel étaient soumis des crèches, des écoles, des hôpitaux, des centres d'hébergement pour personnes âgées, mais aussi des terrains de sport en plein air, situés dans un rayon de 500 mètres autour des voies à grande circulation. «En Ile-de-France, cela englobe plus de la moitié de ce type d'établissements», précise Karine Léger, adjointe au directeur d'Airparif.

S'il est sans surprise, le résultat n'en est pas moins inquiétant. «En croisant nos données avec celles de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région, nous avons constaté, s'agissant des trois polluants mesurés, un dépassement de l'ensemble des normes lorsque les structures sont implantées à moins de 40 mètres d'un axe majeur de circulation, résume Karine Léger. Soit 125 écoles, 85 crèches, 66 hôpitaux et 36 hébergements pour seniors concernés. Quelque 40.000 personnes, des bébés, des enfants, des personnes âgées ou hospitalisées, seraient donc particulièrement exposées. «L'équivalent d'une ville comme Saint-Germain-en-Laye», explique l'experte d'Airparif.
«Urgence sanitaire»

Surtout, densité de la circulation automobile oblige, les trois quarts des établissements les plus exposés sont situés à Paris. Pire: dans la capitale, ceux implantés à moins de 50 mètres d'un axe routier dense dépassent dans 100 % des cas les taux de dioxyde habituellement autorisés. Les abords du périphérique sont particulièrement pointés du doigt par Airparif.

Pour René Dutrey, l'adjoint au maire de Paris en charge du développement durable, les résultats de cette étude confirment «l'urgence sanitaire en Ile-de-France et dans la capitale. L'enquête dit clairement que l'air respiré par les enfants dans certaines crèches et écoles peut les rendre malades. Ce n'est pas acceptable pour des parents.»

À Paris, la Mairie s'est engagée lors du dernier conseil à limiter la vitesse et à interdire dès septembre 2014 les voitures de plus de 17 ans sur son territoire. Mais cela risque néanmoins de s'avérer insuffisant si les communes de la métropole parisienne ne font pas de même. «Le problème posé est de savoir qui décide, reconnaît René Dutrey. Sachant que le périmètre délimité par l'A86, celui que les experts estiment en tout cas pertinent en termes de baisse de la pollution, ne relève ni d'une seule municipalité, ni d'un département, ni de la région.

Si des mesures doivent être prises au niveau local, «au niveau national, le gouvernement doit aussi engager un plan pour sortir du diesel», martèle l'adjoint, rappelant au passage que 70 % du parc automobile en France est diésélisé. «Même si Paris utilisait toutes ses prérogatives, cela resterait insuffisant pour améliorer la qualité de l'air.»

En attendant des avancées concrètes, Karine Léger rappelle pour sa part que «tout microgramme gagné a des bénéfices sur l'espérance de vie, les problèmes respiratoires et la prise médicamenteuse».

Comment faut-il interpréter ces dépassements de polluants mesurés par Airparif?

Ces trois polluants (dioxyde d'azote, microparticules et benzène) sont avant tout des indicateurs d'un niveau de pollution. Cette étude révèle une situation inquiétante surtout lorsque dans certains cas on dépasse deux fois les valeurs limites.

Quels sont les impacts sur la santé des populations les plus fragiles?

Les effets sont non négligeables. Pour les jeunes enfants les risques sont importants car ils s'oxygènent plus en raison notamment d'une activité physique souvent plus importante que celle des adultes. Il faut ajouter le fait que leur système respiratoire est toujours en formation jusqu'à l'âge de 8-10 ans. La pollution va les rendre plus sensibles à la maladie qu'il s'agisse de l'asthme ou de maladies de nature allergique. Cela peut également avoir des conséquences sur les mécanismes immunitaires. Pour les personnes âgées, on sait que les polluants ont un effet sur la mortalité. C'est comme une forme de tabagisme passif. Ils peuvent précipiter un décès.

Quelles sont les mesures à adopter?

Sur un plan individuel, on peut toujours recommander de bien aérer les appartements ou de ne pas courir au bord du périphérique, mais il est néanmoins très difficile de se soustraire à cette pollution.

Les efforts à faire portent sur les infrastructures et l'organisation des réseaux urbains. On peut imaginer remplacer les vieilles flottes de bus, interdire ou au moins diminuer l'impact des voitures diesel mais toutes ces mesures sont très coûteuses. Il n'en reste pas moins vrai que dans le cadre de la grande enquête européenne Aphecom, on a mesuré que pour la seule ville de Paris, le coût annuel de la pollution était évalué à 2,3 milliards d'euros.

Lefigaro.fr

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